La maladie persistante et la vie chrétienne

Au début de ma deuxième année de séminaire, on m’a diagnostiqué un cancer de la glande thyroïde. Je me souviens avoir essayé d’étudier la grammaire grecque avancée dans une chambre d’isolement de l’hôpital tout en suivant mon traitement à l’iode radioactif.  Ce cancer était-il en contradiction avec les plans du Seigneur pour mon ministère ? Ou est-ce que Dieu l’utilisait d’une certaine manière afin de complémenter mon ministère ?

Avançons 10 ans plus tard. Je suis maintenant sans cancer et je suis professeur dans un institut biblique au Sénégal, en Afrique de l’Ouest. Le pasteur Alaindé, étudiant au collège biblique, reste avec nous tout en faisant des tests médicaux pour déterminer la cause de sa fatigue persistante.  Cela fait trois ans que son ministère florissant consiste à superviser trois églises dans les banlieues sablonneuses voisines de Dakar, au Sénégal. Sa fatigue est-elle en contradiction avec les plans du Seigneur pour le ministère d’Alaindé ou en complément de celui-ci ?

Bien que j’aie été le professeur d’Alaindé, nous étions devenus des amis, de bons amis. Un soir, après le souper, nous avons fait une marche ensemble au cours de laquelle j’ai partagé mon propre fardeau. En raison de ma lutte continuelle contre la fatigue liée au cancer de ma glande thyroïde, je n’avais pas pu accomplir tout ce que je voulais dans le ministère.  Alaindé et moi étions tous deux tiraillés entre la faiblesse persistante et la fidélité au ministère. 

Comment comprendre la relation entre une maladie qui persiste et une vie chrétienne de service à Dieu et aux autres ? Ces deux aspects sont-ils contradictoires ou complémentaires ?

La maladie est un rappel des conséquences de la chute qui affecte notre corps physique

Tout d’abord, la maladie, quelle qu’elle soit (ponctuelle ou persistante), nous rappelle la chute et ses conséquences très réelles dans notre vie spirituelle et physique. En ce sens, la maladie est un écho de ce qui s’est passé ce jour-là dans le Jardin. Et elle est donc un sain rappel de notre besoin d’être unis au Christ (voir Romains 5.12-21).

La maladie nous maintient à la fin de nous-mêmes et nous prépare à ce que Dieu nous montre sa force

Pendant mes jours au séminaire de Dallas, un de mes pasteurs, le pasteur Tim Tinsley à Park Cities Presbyterian Church (PCA), a enseigné que Dieu a tendance à nous garder au bout de nous-mêmes. Et, ajoutait-il, c’est le meilleur endroit où se trouver, car la maladie nous amène à cette limite de nos propres forces et la seule façon d’avancer est que Dieu se manifeste.

C’est le meilleur endroit où se trouver, parce que ça nous rappelle notre propre faiblesse et que tout ce qui compte dans le ministère est accompli par la grâce du Seigneur et non par notre propre force ou notre ingéniosité.

Par conséquent, la maladie empêche l’orgueil spirituel de s’enraciner dans notre cœur.

En 2 Corinthiens 12.7-10, Paul déclare que le Seigneur lui a mis une écharde dans la chair pour qu’il ne soit pas enflé d’orgueil. Nous pouvons spéculer sur ce qu’était cette épine, mais l’Écriture ne nous donne pas plus de détails. Le fait qu’elle soit « dans la chair » indique probablement une maladie corporelle qui n’a pas disparu, même après avoir prié avec ferveur. La réponse du Seigneur révèle sa grâce calibrée dans la vie et le ministère de Paul – « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». Et Paul en vient à se réjouir de sa faiblesse, y voyant une occasion supplémentaire pour la puissance du Seigneur de briller dans sa vie. 

Ainsi, nous pouvons voir que la faiblesse physique cède la place à la puissance gracieuse du Seigneur.

Le ministère de Paul a été renforcé par sa faiblesse physique. Le ministère de Paul en Galatie en est la preuve en Galates 4.13-14. « Vous ne m’avez fait aucun tort. Vous savez que ce fut à cause d’une infirmité de la chair que je vous ai annoncée pour la première fois l’Évangile. Et mis à l’épreuve par ma chair, vous n’avez témoigné ni mépris ni dégoût ; vous m’avez, au contraire, reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ. » L’infirmité physique de Paul n’était pas en contradiction avec son ministère en Galatie, mais un complément providentiel à celui-ci.

La maladie fait partie de la vie du chrétien (pour certains plus que pour d’autres) jusqu’à ce que nous soyons au ciel

La maladie n’est pas en contradiction avec l’Évangile. Si elle l’était, comment expliquer l’écharde dans la chair de l’apôtre Paul et « les faiblesses » qui en découlent ? Les « fréquentes indispositions » de Timothée (1 Timothée 5.23) ? Et que Paul a dû laisser « Trophime malade à Milet » (2 Timothée 4.20)?

En 1533, Jean Calvin se convertit au Christ à l’âge de 23 ans. Mais ce n’était pas un homme en bonne santé. Selon les biographes, il souffrait d’une liste de maux persistants tels que l’anémie, la goutte, des coliques rénales douloureuses, et avait peut-être une névralgie du trijumeau.  Parfois, il avait besoin de prêcher assis. Il est mort à l’âge de 55 ans, probablement de la tuberculose. Le point ici est que le ministère de Calvin a fleuri même au milieu d’une faiblesse physique persistante.

Dans 2 Corinthiens 4.16-18, Paul parle de « même si notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour ». Pour Paul, à mesure que sa souffrance physique augmentait, il trouvait une autre réalité à l’œuvre, celle du renouveau spirituel au quotidien. L’infirmité physique n’était pas en contradiction avec la foi de Paul, mais un complément à celle-ci.

L’Évangile de la prospérité  prétend que vous pouvez vivre votre meilleure vie maintenant – la santé et la richesse, prétendent-ils, nous sont promises dans l’Évangile. Mais ce n’est pas ce que la Bible enseigne.  En fait, la Bible associe souvent la vie chrétienne à la souffrance physique actuelle.

La maladie nous aide dans notre sanctification

La promesse d’un espoir futur n’est pas pertinente si nos priorités ne sont pas alignées sur cet espoir. En fait, la foi biblique se définit par l’attente confiante de ce qui est encore à venir. 

La maladie nous permet de déplacer nos priorités d’un point de vue terrestre à un point de vue céleste (Colossiens 3.1-4). La maladie est un rappel gracieux que le rêve américain est intenable pour beaucoup et myope pour tous.

Tim Keller a récemment déclaré que son récent diagnostic de cancer du pancréas l’avait conduit, lui et sa femme Kathy, à « chercher la face de Dieu comme jamais auparavant. Il nous donne plus de sa présence ressentie, plus de liberté par rapport à nos péchés, plus de dépendance par rapport à sa Parole – des choses que nous cherchions depuis des années, mais ce n’est que dans ces circonstances que nous les trouvons ».

Conclusion

Donc, en conclusion, quelle a été la réponse d’Alaindé à mon dilemme ? C’était simple, mais inoubliable. « Je n’aurais pas pu le faire sans toi » a-t-il dit, puis il a ajouté « tu as été comme un ange pour moi quand je traversais une période si difficile dans le ministère ».

Ce n’est évidemment pas ma propre force qui a accompli cela, mais c’est le Seigneur qui a travaillé à travers ma faiblesse.

Alaindé est devenu l’un des pasteurs les plus influents du pays. Il est maintenant président de son association d’églises, tout en dirigeant sa propre congrégation et en supervisant les autres implantations de l’église.

Les problèmes de santé persistants ne sont pas en contradiction avec la fidélité au ministère, mais un complément à l’efficacité du ministère.

Que ce soit consciemment ou inconsciemment, nous avons tendance à penser que la maladie est en quelque sorte en contradiction avec le dessein de Dieu pour notre vie. Si vous vivez avec des problèmes de santé persistants, ne perdez pas de vue le fait que la force du Seigneur brille davantage sur le fond sombre de notre propre faiblesse et de nos propres limites. Ayez le courage de savoir qu’il nous utilise au mieux, parfois, lorsque nous sommes faibles et malades.

Comment marcherez-vous par la foi lorsque la maladie entrera dans votre vie ? Comment serez-vous fidèle dans votre maladie actuelle ? Oui, vous devrez gérer votre temps plus soigneusement, mais l’Esprit vous élèvera et vous utilisera d’une manière que vous n’auriez jamais imaginée.

Daniel Thornton, 11/6/2020

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Daniel Thornton (Th.M., Dallas Theological Seminary), missionnaire avec Crossworld, a servi au Sénégal pendant 10 ans comme professeur de théologie et coach de pasteurs. Installé à Montréal depuis août 2017, il sert comme ancien à l’Église Baptiste Évangélique Emmanuel et en tant que professeur à SEMBEQ et Parole de Vie. Marié depuis 16 ans à sa chère épouse Angie, ils ont deux filles.

Published By: Daniel Thornton

Jacques Boulet (PhD, Université de Toronto) est éditeur de SOLA, ainsi que directeur de Farel | Institut de Théologie Réformée. Ses spécialités académiques sont les langues bibliques et l'Ancien Testament. Il cherche à contribuer à la croissance de l'Église au Québec en enseignant la Parole de Dieu et en enseignant à d'autres à l'enseigner à leur tour. Avec son épouse Paige, il a trois enfants.