Pâques et les apparitions post-résurrection de Jésus

Dans un précédent article, je me suis attaché à démontrer qu’aucune théorie critique ne peut expliquer la découverte du tombeau vide trois jours après l’ensevelissement de Jésus. L’hypothèse de sa résurrection corporelle demeure la plus adéquate et même la seule qui puisse rendre compte de la diffusion éclair du christianisme au premier siècle de notre ère. 

Cependant, certains pourraient opposer qu’un tombeau vide ne prouve rien en soi, si ce n’est que « quelque chose » est arrivé au corps de Jésus. Cette objection est « techniquement » recevable et elle mérite notre attention, d’autant que les textes du Nouveau Testament ne se limitent pas à l’épisode de la disparition du corps de Christ.

1. Le témoignage du Nouveau Testament

Le Nouveau Testament fait état d’au moins dix apparitions de Jésus entre sa résurrection et son ascension, cinq le jour de Pâques et cinq autres durant les quarante jours suivants :

  1. Il est d’abord apparu aux femmes (Matthieu 28:8-10).
  2. Puis à Marie-Madeleine qui était retournée au tombeau (Jean 20:10-18).
  3. Puis à Cléopas et à un autre disciple sur la route d’Emmaüs (Luc 24:13-35).
  4. Puis à Pierre, à un autre moment durant ce même après-midi (Luc 24:34; 1 Corinthiens 15:5).
  5. Et enfin aux disciples dans la chambre haute (Luc 24:36-43).
  6. Une semaine plus tard, il s’est de nouveau présenté aux disciples alors que Thomas était présent (Jean 20:26-29).
  7. Il est ensuite apparu à sept d’entre eux près de la mer de Tibériade (Jean 21:1-22).
  8. Plus tard, il est également apparu aux onze apôtres sur une montagne de Galilée (Matthieu 28:16-20). C’est peut-être à cette occasion que plus de « cinq cents frères » l’ont vu (cf. 1 Corinthiens 15:6).
  9. Ensuite, il est apparu à son demi-frère, Jaques (1 Corinthiens 15:7).
  10. Et enfin, il est apparu de nouveau aux onze disciples à l’occasion de son ascension au ciel (Luc 24:44-52 ; Actes 1:4-9 ; 1 Corinthiens 15:7).

2. Les théories critiques

La plupart des chercheurs critiques modernes acceptent l’historicité de l’arrestation de Jésus, de son procès, et de sa crucifixion. Ces conclusions sont largement basées sur les indications historiques des évangiles. Pourtant, ces mêmes chercheurs rejettent unanimement l’historicité des apparitions post-résurrection que nous venons de lister. 

Deux théories alternatives sont régulièrement avancées.

a) Les « apparitions » post-résurrection seraient des récits inventés par l’Église primitive

Bien que cette théorie soit influente, elle n’apporte aucune explication à la découverte du tombeau vide. De plus, les textes du Nouveau Testament ont été composés très rapidement après les faits dont ils rendent témoignage. Songez par exemple que la première épître aux Corinthiens a été écrite seulement 26 ans après les dernières apparitions post-résurrection et, selon Paul, la plupart de ceux qui avaient vu Jésus ressuscité étaient encore en vie (1 Corinthiens 15:6). N’importe quel croyant de Corinthe pouvait donc vérifier par lui-même ses affirmations ! 

Comment, dans un tel contexte, aurait-il été possible de forger autant de récits fictifs imbriqués les uns dans les autres ?

D’autre part, si les textes relatifs à la résurrection ne sont qu’une construction littéraire sans fondement historique, pourquoi avoir choisi des femmes comme premiers témoins de la résurrection ? On faisait bien peu de cas du témoignage d’une femme au premier siècle de notre ère. 

N.T. Wright (The Resurrection of the Son of God, SPCK, 2003) soutient que l’idée de la résurrection corporelle d’un individu précédant celle de tous les autres est une idée étrangère au judaïsme du premier siècle. Si tel est le cas, il est improbable que les premiers chrétiens aient imaginé une telle chose dans le but de faire perdurer un engouement pour Jésus après la mort de son fondateur.

Tout semble indiquer que les évangiles rapportent un récit basé sur des témoignages oculaires !

b) Les apparitions post-résurrection étaient des hallucinations ou des visions subjectives

Dans un ouvrage collectif intitulé The Myth of God Incarnate (« Le mythe de Dieu incarné » ; ed. John Hick, SCM Press, 1977) Michael Goulder soutient que Pierre était tellement confiant dans le fait qu’il verrait un jour Christ ressuscité qu’il en aurait eu une vision subjective le matin de Pâques. Plus tard ce soir-là, Pierre aurait parlé aux autres disciples de son expérience et, selon Goulder, « l’hystérie [étant] si puissante au sein d’une petite communauté… il leur a semblé que le Seigneur est venu à eux à travers la porte verrouillée, puis est reparti ». Pour Goulder, l’expérience subjective de Pâques aurait façonné cette croyance collective en la résurrection. 

Selon cette théorie, les apparitions de Christ ressuscité n’auraient pas d’existence réelle et seraient le fruit d’une forme d’autosuggestion. Cependant, plusieurs détails mentionnés dans les évangiles rendent cette explication difficilement soutenable et soulignent l’objectivité du témoignage des disciples. 

Par exemple, lors des deux apparitions dans la chambre haute, Jésus montre ses mains, ses pieds, et son côté à ses disciples et les encourage à le toucher s’ils le souhaitent : 

Saisis de frayeur et d’épouvante, ils croyaient voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; touchez-moi et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai. (Luc 24:37-39)

Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois. Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jean 20:27-28)

Plus tard, lorsqu’il leur apparait près de la mer de Tibériade (ou mer de Galilée, cf. Jean 21), il s’assoit et déjeune avec eux. En agissant ainsi, Jésus semble vouloir les rassurer quant au fait que cette rencontre n’est ni un rêve ni une hallucination. 

Dans les évangiles, les apparitions de Jésus ne sont pas des faits isolés. Elles sont non seulement nombreuses, mais également très variées, comme Peter J. Willams le souligne dans son livre, Les évangiles sont-ils fiables ? (Clé, 2020) : 

Nous soutenons l’idée qu’un grand nombre de personnes ont affirmé avoir vu Jésus ressuscité, non seulement d’après les récits des Évangiles, qui se concentrent sur la visite des femmes au tombeau, même si le témoignage d’une femme n’était pas légalement valable, mais également d’après la grande quantité d’apparitions du ressuscité mentionnées dans le Nouveau Testament. On trouve des mentions de ses apparitions en Judée, en Galilée, en ville et à la campagne, à l’intérieur et à l’extérieur, le matin et le soir, à un moment convenu et à l’improviste, de près et de loin, sur une colline et près d’un lac, à des groupes d’hommes et à des groupes de femmes, à des individus et à des groupes comptant jusqu’à cinq cents personnes, assis, debout, marchant, à table, et toujours en train de parler. Un grand nombre de ces apparitions sont des conversations en tête-à-tête. Il est difficile d’imaginer ce schéma d’apparitions dans les Évangiles et les premières épîtres sans de nombreux individus ayant affirmé avoir vu Jésus ressuscité d’entre les morts.

Dans tous les cas, contrairement à ce que Goulder affirme, la confiance extrême et l’hystérie qui auraient pu donner naissance à de telles hallucinations sont totalement absentes des récits évangéliques. Si les femmes apportaient des aromates au tombeau, c’est parce qu’elles s’attendaient à ce que Jésus soit mort, pas à ce qu’il soit encore en vie. Les disciples vont d’ailleurs recevoir avec beaucoup de scepticisme la nouvelle de sa résurrection (Jean 20:19 ; cf. Jean 20:25). Ils étaient plutôt terrassés par la déception, le découragement, et le désespoir. 

C’est bien la réalité factuelle de la résurrection, et non un simple rêve, qui va changer cet état d’esprit. Nous retrouvons les disciples au début du livre des Actes animés d’un nouveau zèle et remplis de confiance et d’espérance. Ils avaient désormais conscience que la nouvelle de la résurrection corporelle de Jésus n’était pas une « fake news », mais que de nombreux éléments venaient l’étayer. 

Considérez le rapport de Luc en Actes 1:3 :

Après que [Jésus] eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu.

Le terme grec traduit par « preuves » (tekmerion) désigne un fait ou un ensemble de faits propres à fonder une conviction de manière décisive. Au premier siècle de notre ère, c’était le terme utilisé pour qualifier le plus haut niveau de preuve juridique. Luc, dont l’affection pour les termes légaux est notée par de nombreux commentateurs, suggère ainsi que les disciples étaient convaincus, non par une expérience subjective, mais par des faits indubitables. 

Conclusion

Lorsque l’ensemble de ces éléments sont pris en considération, l’explication à la fois la plus simple et la plus cohérente est que Jésus est vraiment ressuscité ! Aucune théorie alternative, si élaborée soit-elle, ne semble faire le poids. Les évangiles et les sources extrabibliques témoignent d’un faisceau d’indices qui ne peuvent être le fruit d’une conspiration ou de circonstances fortuites : 

… Les récits sur le tombeau vide et sur les apparitions ne parlaient pas d’une personne choisie au hasard, mais d’un individu que tous s’accordent à qualifier d’exceptionnel. On lui attribue plus de miracles qu’à aucun autre rabbin, la première version de la formulation positive de la règle d’or, des histoires extrêmement populaires, une lignée remontant au roi David, l’appartenance au groupe ethnique sans doute le plus remarquable du monde. Et il semble avoir été exécuté par les Romains pour avoir prétendu être le roi des Juifs et être mort (même selon des sources non chrétiennes) à l’époque précise de la Pâque, époque où les Juifs célébraient leur libération par excellence, celle d’Égypte. On pourrait ajouter d’autres circonstances apparemment fortuites. Cependant, il arrive un moment où, au lieu de penser que les miracles attribués à Jésus ne font que saboter les rouages de la mécanique bien huilée de l’univers, on commence à penser qu’en fait, ils forment un schéma. Il est possible de s’efforcer d’expliquer chaque phénomène séparément, mais une explication simple et unique peut expliquer la totalité des faits. 

Peter J. Williams, Les évangiles sont-ils fiables ? Clé, 2020

Que cette explication si simple et si puissante puisse nous remplir de joie : Christ est ressuscité ; il est vraiment ressuscité. 

Plus de publications

Guillaume Bourin (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) est pasteur de l’Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal. Il est aussi le membre fondateur du site web Le bon Combat. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse particulièrement à l’exégèse et à l’intertextualité de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l’auteur du livre « Je vous purifierai d’une eau pure » : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Guillaume est actuellement candidat au doctorat à l’Université d’Aberdeen (Ecosse). Il est marié à Elodie et est l’heureux papa de Jules.

Published By: Guillaume Bourin

Guillaume Bourin (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) est pasteur de l’Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal. Il est aussi le membre fondateur du site web Le bon Combat. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse particulièrement à l’exégèse et à l’intertextualité de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l’auteur du livre « Je vous purifierai d’une eau pure » : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Guillaume est actuellement candidat au doctorat à l’Université d’Aberdeen (Ecosse). Il est marié à Elodie et est l’heureux papa de Jules.