Pâques et le tombeau vide

Les chrétiens du monde entier, les évangéliques en particulier, s’apprêtent à célébrer Pâques dans quelques jours et à tourner leurs regards vers la résurrection de Jésus, évènement fondateur du christianisme et gage de sa victoire sur la mort et sur les puissances des ténèbres. Mais c’est également sur cet évènement que se focalisent les doutes de la plupart des sceptiques modernes et même de certaines dénominations chrétiennes.

La question mérite donc d’être posée : les croyants évangéliques ont-ils raison d’insister sur l’historicité de la résurrection de Jésus ? Existe-t-il des éléments concrets pour appuyer cette conviction ? Dans cet article et dans le suivant, je me propose d’évaluer deux faisceaux d’indices régulièrement décriés et pourtant toujours aussi probants : le tombeau vide et les apparitions post-résurrections. 

On commence aujourd’hui avec le tombeau vide ! 

1. Le témoignage du Nouveau Testament

Les quatre évangiles rapportent que le troisième jour après la crucifixion, les disciples de Jésus ont découvert que son corps avait disparu du tombeau dans lequel il avait été placé (Matthieu 28.6 ; Marc 16:5-6, Luc 24:3, 6, 22-24 ; Jean 20:5-8). 

 Examinons brièvement l’un de ceux-ci, Jean 20:3-8 :

Pierre et l’autre disciple sortirent, et allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensembles. Mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre ; s’étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n’entra pas. Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre ; il vit les bandes qui étaient à terre, et le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part. Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut. 

Remarquez tout d’abord que deux témoins oculaires, Pierre et Jean, confirment que le tombeau était bien vide (en plus des femmes qui avaient déjà constaté les faits). Notez ensuite qu’il n’était pas entièrement vide : les linges qui avaient servi à embaumer Jésus étaient restés au sol. Jean laisse entendre que la simple présence de ces linges l’a convaincu que Jésus était ressuscité. Certains commentateurs estiment que ces linges avaient retenu la forme du corps de Jésus, peut-être parce qu’il serait « passé au travers » comme il est ensuite passé au travers des murs d’une pièce fermée à clé (Jean 20:19, 26).

2. Les théories critiques

Malheureusement, tous ne parviennent pas à la même conclusion que l’apôtre Jean. Dans l’histoire de la critique biblique, plusieurs explications alternatives à la résurrection ont été échafaudées. 

a) La théorie du « mauvais tombeau »

Cette théorie suggère que les femmes et les disciples ont fait erreur en se rendant à un autre sépulcre que celui de Jésus. Mais les femmes avaient initialement suivi Joseph d’Arimathée et Nicodème au tombeau et elles avaient observé comment le corps de Jésus avait été disposé à l’intérieur (Matthieu 27:61, Marc 15:47 et Luc 23:55). Comment auraient-elles pu si facilement se tromper par la suite ? 

Il est également légitime de penser que Joseph d’Arimathée et Nicodème auraient vérifié l’état du vrai tombeau une fois qu’ils auraient entendu les premières rumeurs de la résurrection. Enfin, les autorités juives et romaines auraient très volontiers corrigé l’erreur des disciples en les menant au bon tombeau et en leur montrant les restes du corps de Jésus.

b) La théorie de « l’évanouissement »

Selon cette théorie, Jésus ne serait pas mort sur la croix, mais il aurait sombré dans le coma. Plus tard, après la mise au tombeau, il aurait repris connaissance et furtivement quitté les lieux sans être repéré par les gardes. Puis il aurait rejoint les disciples, qui, en le voyant, auraient conclu à tort qu’il était ressuscité d’entre les morts.

Là encore, cette théorie peine à convaincre.  Il faut tout d’abord accepter que les bourreaux qui ont crucifié Jésus fussent de piètres exécuteurs, qui, en plus, étaient incapables de juger de l’état physique des personnes qu’ils crucifiaient. Pourtant, le récit de l’Évangile de Jean indique que des mesures spécifiques ont été prises pour s’assurer que Jésus était bien mort : 

Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui. S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Celui qui l’a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai ; et il sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. (Jean 19:32-35)

La « théorie de l’évanouissement » nécessite également que Jésus ait survécu à la douleur atroce de la crucifixion – l’un des châtiments par mort lente les plus cruels de l’histoire – et à une importante perte de sang. Cela paraît improbable, surtout si l’on prend en considération le choc traumatique de toutes les tortures successives qu’il a subies, la faiblesse physique qui en découlait, et le manque de nourriture. Il faudrait également accepter que, malgré sa faiblesse, Jésus ait réussi à se libérer de son linceul, puis à repousser seul la grande pierre sans que la garde romaine s’en aperçoive. Et enfin, il se serait présenté aux femmes et aux disciples dans cet état affaibli et amaigri… en parvenant à les convaincre qu’il était le Seigneur de la vie et qu’il était ressuscité d’entre les morts !

c) La théorie du « corps volé »

Cette théorie très populaire affirme que la dépouille de Jésus aurait été volée soit par ses détracteurs, soit par ses disciples. La première hypothèse ne tient pas : pourquoi les ennemis de Christ auraient-ils fait précisément ce qu’ils cherchaient à éviter (cf. Matthieu 27:62, 66) ? En outre, ils auraient été en mesure de produire le corps et ainsi couper court à la proclamation des disciples. Quelques décennies après la résurrection, les responsables juifs se rendirent à Césarée et accusèrent Paul devant Festus de prêcher que Jésus était vivant (Actes 25:19). Le livre des Actes suggère que les juifs ne parvinrent pas à prouver leurs dires (cf. Actes 25:25-28 ; 26:8 ; 26:30-32). S’ils avaient été de produire la dépouille ou un témoin sachant où elle était située, ils auraient probablement été entendus. Mais ils ne pouvaient le faire parce qu’ils n’avaient aucune idée de ce qui était advenu du corps de Christ.

Il est également peu probable que les disciples aient volé le corps de Christ. Comment donc une poignée d’hommes et de femmes apeurés et complètement désorganisés (Jean 20:19) auraient pu tenter un tel exploit ? Briser le sceau d’un gouverneur romain était un crime majeur au premier siècle de notre ère. Par ailleurs, comment auraient-ils pu contourner la garde et rouler la pierre sans être détectés (Matt. 27:62-66) ? Peut-être les soldats romains se seraient-ils assoupis ? L’escouade chargée de surveiller le tombeau était probablement un quaternion, un groupe de quatre hommes. Comment auraient-ils pu être négligents au point de s’endormir tous les quatre en même temps ? Les soldats romains risquaient la peine capitale lorsqu’ils s’endormaient durant leur garde. Cette explication semble donc hautement improbable. 

Enfin, l’hypothèse des disciples faisant disparaitre le corps de Christ fait présente les disciples des menteurs intentionnels et déterminés. Mais ce portrait ne cadre pas avec la réalité : les apôtres et les premiers chrétiens ont été confrontés à la persécution et même à la mort pour avoir prêché la résurrection de Christ, et aucun d’entre eux n’a avoué que c’était un canular. Les menteurs et les hypocrites ne sont pas faits de l’étoffe des martyrs. Cette théorie n’est pas plus recevable que les deux précédentes. 

Conclusion

L’explication qui s’accorde le mieux avec les faits est celle-là même proposée par les apôtres : le corps de Jésus n’était plus dans le tombeau, parce qu’il était ressuscité d’entre les morts !

Pour Pierre, ce n’était que l’accomplissement des prophéties anciennes : 

Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire librement, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre existe encore aujourd’hui parmi nous. Comme il était prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment de faire asseoir un de ses descendants sur son trône, c’est la résurrection du Christ qu’il a prévue et annoncée [dans le Psaume 16], en disant qu’il ne serait pas abandonné dans le séjour des morts et que sa chair ne verrait pas la corruption.  
(Actes 2:29-31)

Les implications des paroles de Pierre sont claires : puisque l’emplacement du tombeau de David et de ses os était bien connu des juifs du premier siècle, ce n’est pas à lui-même que ce psaume faisait référence. Le tombeau de Jésus, par contre, était vide. Et ce tombeau prêchait, et prêche encore, la résurrection !

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Guillaume Bourin (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) est pasteur de l’Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal. Il est aussi le membre fondateur du site web Le bon Combat. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse particulièrement à l’exégèse et à l’intertextualité de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l’auteur du livre « Je vous purifierai d’une eau pure » : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Guillaume est actuellement candidat au doctorat à l’Université d’Aberdeen (Ecosse). Il est marié à Elodie et est l’heureux papa de Jules.

Published By: Guillaume Bourin

Guillaume Bourin (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) est pasteur de l’Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal. Il est aussi le membre fondateur du site web Le bon Combat. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse particulièrement à l’exégèse et à l’intertextualité de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l’auteur du livre « Je vous purifierai d’une eau pure » : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Guillaume est actuellement candidat au doctorat à l’Université d’Aberdeen (Ecosse). Il est marié à Elodie et est l’heureux papa de Jules.